Le bureau n’est pas qu’un lieu de travail
Le télétravail a fait entrer chez nous tout un vocabulaire d’efficacité : poste de travail, rangement optimisé, ergonomie, câbles dissimulés… À force de vouloir rendre le bureau fonctionnel, on oublierait presque qu’il s’agit aussi d’un meuble à part entière. Et qu’à ce titre, il peut pleinement participer au décor. Dans un salon, une bibliothèque ou une chambre, il n’a aucune raison de disparaître une fois l’ordinateur refermé. Un beau bureau en bois peut structurer une pièce, accueillir des livres, une lampe ou un objet déco. Comme dans l’atelier d’un architecte ou l’espace d’un galeriste, le lieu de travail dit aussi quelque chose de celui qui l’habite. Le travail s’y installe quelques heures ; le meuble, lui, reste.
Anatomie d’un beau bureau
Tout commence par le plateau : généreux sans être envahissant, agréable sous la main et bien proportionné.
Puis viennent la profondeur, le dessin du piètement, le grain du bois, la lumière qui glisse sur une finition ou même la douceur d’un cuir. Le bureau style Louis XVI Bertin assume les codes du bureau ancien : pieds cannelés, sabots et boutons en métal effet laiton, allonges coulissantes de chaque côté d’un plateau en cuir pleine fleur, souligné d’une marqueterie dorée.
Le bureau design Albâtre, quant à lui, préfère des lignes sobres qui mettent en valeur les veines graphiques de son bois de chêne. Le bureau Snack en noyer, revendique son esprit scandinave, son veinage et son tiroir intégré en font un meuble facile à imaginer pour de multiples activités.
Trois bureaux d’écrivains qu’on aimerait habiter
Chez Marguerite Yourcenar, à Petite Plaisance, dans le Maine, travail et maison ne faisaient qu’un. C’est dans ce refuge américain qu’elle acheva notamment son chef d’oeuvre Mémoires d’Hadrien. Son bureau était le pilier de sa relation avec Grace Frick, à qui elle transmettait ses pages : un espace de création, mais aussi de profonds échanges.
Victor Hugo poussa encore plus loin le lien entre le décor et l’écriture. À Hauteville House, à Guernesey, il aménagea le dernier étage entre 1861 et 1862 et fit construire sur le toit, une pièce entièrement vitrée qu’il appellait le « look-out », dans le prolongement de son cabinet de travail. Cette pièce devint l’emblème de la maison, le lieu par excellence de l’écriture. Face à la mer, Hugo écrira certains de ses chefs-d’œuvre. Le bureau prolongeait littéralement son univers créatif.
À Nohant, dans le Berry, George Sand avait installé son bureau dans son boudoir, évoquant elle-même « la petite armoire qui me servait de bureau ». La maison fut à la fois lieu de vie, de réception et de création.
Un objet, un rituel
Un bureau devient personnel par ce qu’on y pose.
Une lampe qui crée son cercle de lumière. Un carnet laissé ouvert pour saisir une idée. Un stylo que l’on préfère à tous les autres, même à l’heure des claviers. Ces objets ne sont pas indispensables, et c’est précisément ce qui les rend importants : ils transforment une surface de travail en territoire personnel.
Un beau bureau est peut-être cela, finalement : un endroit où travailler, bien sûr, mais surtout un meuble que l’on aime regarder une fois la journée terminée.

