Eloge du fauteuil Club : ce que votre Club dit de vous

Il existe des meubles que l’on choisit pour remplir une fonction, et d’autres auxquels on finit par attribuer une personnalité.

Le fauteuil club appartient sans conteste à la seconde catégorie. Avec son cuir épais, son assise profonde et ses accoudoirs généreux, il semble avoir vécu avant même d’entrer chez nous.

Un fauteuil club ne se contente pas d’occuper un coin du salon : il installe une atmosphère. Et, peut-être, raconte-t-il quelque chose de celui qui l’a choisi.

Du smoking-room au salon : la petite histoire du fauteuil club

Son imaginaire nous ramène volontiers dans l’Angleterre victorienne : clubs privés, bibliothèques boisées, fumoirs où l’on refaisait le monde entre un verre et un cigare. C’est là que s’est construite une partie de la mythologie du siège de cuir masculin, confortable et enveloppant.

Mais l’histoire du fauteuil club tel que nous le connaissons en France est plus nuancée. Ses formes basses, rondes et généreusement rembourrées s’affirment surtout dans les années 1920 et 1930, au moment où les décorateurs français réinventent le confort domestique. Des fauteuils alors explicitement désignés comme « club » apparaissent chez des créateurs de l’époque, notamment Louis Sognot et Charlotte Alix vers 1930.

Il faut aussi distinguer la famille du Chesterfield, issu d’une tradition britannique différente et reconnaissable à son capitonnage profond. Chez Maison Saulaie, un modèle comme Philip assume pleinement cette filiation avec ses boutons, son cuir et ses accoudoirs cloutés.

À côté, Alfred ou Havane se rapprochent davantage de la silhouette du club français des années 1920-1930 : plus ramassée, ronde, presque architecturale.

Alfred revendique d’ailleurs directement cette inspiration des années 30.

Pourquoi le fauteuil club a traversé le 20e siècle

Parce qu’il ne cherche pas à être à la mode.

Son dessin part du corps avant de partir du décor : une assise profonde, des accoudoirs sur lesquels poser véritablement les bras, un dossier qui entoure. Le fauteuil club en cuir invite moins à « bien se tenir » qu’à s’installer. À lire, discuter, écouter de la musique ou simplement s’y avachir, ne rien faire.

C’est précisément cette permanence qui le rend contemporain. Dans un intérieur où les objets changent parfois très vite, il appartient à une autre temporalité.

Son cuir porte les usages et se transforme avec eux.

Les modèles Alfred et Havane, par exemple, sont habillés de cuir de buffle pleine fleur, dont le grain n’est pas artificiellement effacé. Les marques naturelles demeurent visibles et la finition aniline laisse vivre la matière et le temps.

Cuir cognac, marron soutenu, cuir noir, cuir patiné : qu’est-ce que cela raconte ?

Choisir la couleur de son fauteuil club est presque une déclaration d’intention.

Le cuir cognac est sans doute le plus narratif. Chaud, lumineux, légèrement vintage, il évoque les bibliothèques, les voyages et les objets que l’on conserve. Avec le temps, ses nuances gagnent encore en profondeur.

Le cuir brun soutenu possède davantage de gravité. Il ancre une pièce, dialogue avec le noyer, les bibliothèques sombres ou un tapis aux tonalités profondes.

Le cuir noir, lui, change complètement la lecture du club : moins nostalgique, plus graphique. Dans une architecture claire et contemporaine, il peut presque devenir un objet moderniste.

Quoi qu’il en soit, le cuir patiné raconte surtout une certaine relation aux choses : accepter qu’un bel objet ne soit pas figé. Qu’il puisse se rider, foncer aux endroits où l’on se pose et garder la mémoire de ceux qui l’utilisent.

Où placer un fauteuil club dans une maison contemporaine ?

Surtout, ne pas nécessairement lui construire un décor « club anglais ».

Un fauteuil club vintage fonctionne précisément parce qu’il accepte le contraste. Dans un salon très contemporain, le modèle Alfred, compact et incurvé, apporte une présence sans alourdir l’espace. Un Havane peut prendre place près d’une bibliothèque ou face à un canapé beaucoup plus épuré. 

Le Middletown, avec son dossier travaillé et ses clous, introduit une note plus affirmée tout en conservant un format adapté aux intérieurs actuels. On peut aussi l’installer dans une chambre, près d’une fenêtre, au bout d’un bureau ou dans un grand couloir transformé en coin lecture. Seul, il suffit souvent à créer un lieu dans le lieu.

C’est peut-être finalement ce que dit de nous le fauteuil que nous choisissons. Le club suggère que nous aimons les meubles qui ne demandent pas à être remplacés au prochain changement de tendance. Des meubles auxquels le temps ajoute quelque chose au lieu d’en retirer.

Car choisir un fauteuil club, c’est moins choisir une époque qu’une manière d’habiter : s’asseoir longtemps, vivre avec les matières et laisser les objets vieillir avec nous.

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